Aller au contenu
Retour à l'accueil
📜

Histoire & patrimoine

Du « mont de Jupiter » romain au monument aux morts : mille ans d'histoire à Jouy-en-Argonne

Jouy-en-Argonne doit son nom au Mons Jovis, le « mont de Jupiter ». Village de la voie romaine, lieu de pèlerinage pendant près de mille ans, base arrière de la Grande Guerre, il garde de chaque époque une trace visible : les trois autels du Mont des Croix, l'église Saint-Grégoire-le-Grand, la croix de 1875 et le monument aux morts.

Chronologie

🏺

Antiquité

Le site est occupé depuis la préhistoire. Le village s'est installé en fer à cheval, ouvert sur la vallée du Vadelaincourt, protégé au nord par le Mont de Mars et au sud par le Mont de Jupiter. Il se trouvait sur la voie romaine qui reliait Reims à Metz. Son nom en garde la trace : « Mons-Jovis », le mont de Jupiter, attesté dès le IXe siècle.

✝️

Vers l'an 900 — le pèlerinage du Mont des Croix

Un pèlerinage chrétien est fondé sur le Mont de Jupiter, devenu le Mont des Croix. Chaque 25 avril, des centaines de pèlerins gravissent la colline, où les reliques de saints de trois abbayes sont portées en procession et déposées sur trois autels de pierre. Ce pèlerinage dure près de mille ans.

📜

1165

Le village apparaît sous la forme « Joei » dans les textes. Les formes anciennes du nom permettent de suivre son évolution jusqu'à « Jouy ».

🔥

XVIIe siècle — la guerre de Trente Ans

La guerre de Trente Ans met fin au pèlerinage : l'église primitive est incendiée, le village pillé et détruit. Les trois autels du Mont des Croix, eux, sont restés jusqu'à nos jours.

🌾

Révolution et XIXe siècle

En 1790, Jouy est intégré au nouveau département de la Meuse. Le village compte alors plus de 200 habitants (214 en 1793) et vit de l'agriculture, de la vigne et de la forêt. Une croix de chemin est élevée en 1875.

🏷️

1900 — « Jouy-en-Argonne »

Un décret ajoute le complément « en-Argonne » au nom de la commune, pour la distinguer des autres Jouy de France.

🎖️

Grande Guerre (1914-1918)

Proche du front de l'Argonne et de Verdun, Jouy sert de base arrière : les soldats y viennent au repos et une ambulance (hôpital de campagne) y est installée. En octobre 1918, pendant l'offensive Meuse-Argonne, le village accueille le quartier général de la 79e division américaine. Six enfants du village meurent pour la France. La commune est décorée de la Croix de guerre 1914-1918.

🌳

Aujourd'hui

Jouy-en-Argonne est un village paisible de 55 habitants, membre de la Communauté de communes Argonne-Meuse. Il est autonome en eau grâce à son château d'eau, entouré de bois et de forêt, et à 15 minutes de la gare Meuse TGV.

Église Saint-Grégoire-le-Grand de Jouy-en-Argonne

Saint patron

Grégoire le Grand

Patrimoine

L'église Saint-Grégoire-le-Grand

Au cœur du village, l'église est dédiée à saint Grégoire le Grand, pape de 590 à 604 et docteur de l'Église, fêté le 3 septembre.

Elle a succédé à l'église primitive, incendiée pendant la guerre de Trente Ans, au moment où le village était pillé et où prenait fin le grand pèlerinage du Mont des Croix.

Son clocher carré, coiffé d'une flèche d'ardoise surmontée d'une croix et d'un coq, domine la vallée du Vadelaincourt. La nef est éclairée par de hautes baies en plein cintre ; le chœur, à pans coupés, donne sur la rue.

En octobre 1918, c'est autour de cette église que s'étendait le village quand il servait de quartier général à la 79e division américaine.

Vers l'an 900

Le Mont des Croix

Sur la colline au sud du village, l'ancien Mont de Jupiter, trois autels de pierre rappellent l'un des plus anciens pèlerinages de la région. Chaque 25 avril, pendant près de mille ans, des centaines de pèlerins y montaient en procession, portant les reliques de saints de trois abbayes.

Non loin, une croix de chemin de 1875 veille entre deux grands marronniers, comme sur cette photo.

🕯️

1914 — 1918

Le monument aux morts

À l'entrée du cimetière, le monument a été restauré par le 101e G.R.M.C.A. (Groupement de réparation du matériel de corps d'armée) et inauguré le 9 mai 1982. Les six croix blanches qui l'entourent symbolisent et honorent les six soldats du village morts pour la France.

Les six enfants du village

Cliquez sur un nom pour découvrir son histoire.

Naissance : 15 décembre 1896 à Jouy

Mort : tué à l'ennemi le 20 août 1917 — Combat de Beaumont (Meuse)

Fils d'Henry Blaise, cultivateur, et de Marie Emma Célina Hémonet. Ses grands-parents, Alexis Jules Blaise et Marie Joséphine Person, reposent à Jouy.

Matricule 15778 au corps, classe 1916, recrutement de Verdun.

Il tombe le 20 août 1917 lors de l'attaque du 155e RI devant Beaumont, à une quinzaine de kilomètres au nord de Verdun. Beaumont-en-Verdunois est l'un des neuf villages français détruits pendant la Grande Guerre et jamais reconstruits, déclaré « mort pour la France ».

Acte de décès transcrit à Jouy le 23 novembre 1919.

Naissance : 17 janvier 1876 à Jouy

Mort : mort en captivité le 9 décembre 1918 — En captivité à Wetzlar (Allemagne)

Charpentier, fils de Constant Legrandjacques, vigneron, et de Marie Célestine Person. Frère d'Émile, lui aussi mort pour la France.

Marié le 17 juillet 1909 à Châtillon-sous-les-Côtes avec Marie Ernestine Beaufort. Ils ont trois enfants : Gabrielle (1910), Paulette (1912) et Paul.

Matricule 1428, classe 1896, recrutement de Bar-le-Duc.

Prisonnier, il meurt en captivité le 9 décembre 1918, un mois après l'armistice, à « Vetzlas » (vraisemblablement Wetzlar, en Hesse). Selon la tradition familiale, il aurait succombé aux blessures infligées par des chiens lors d'une tentative d'évasion.

Inhumé au cimetière communal de Jouy-en-Argonne. Sa tombe a été restaurée en 2006 par le Comité du Souvenir Français du Centre Argonne. Sa petite-fille, Mme Jeannine Legrand, de Watronville, a contribué à ces recherches.

Naissance : 2 mai 1874 à Jouy

Mort : maladie contractée en service le 5 octobre 1918 — Hôpital auxiliaire n° 25, Lyon (Rhône)

Maçon, fils de Constant Legrandjacques (né en 1829), vigneron, et de Marie Célestine Person, mariés le 29 janvier 1856 à Récicourt. Frère aîné d'Adolphe.

Marié le 21 octobre 1903 à Jouy avec Louise Eugénie Guignard.

Matricule 13681 au corps, classe 1894, recrutement de Verdun.

Il meurt le 5 octobre 1918 à l'hôpital auxiliaire n° 25 de Lyon, des suites d'une broncho-pneumonie grippale — la grippe dite « espagnole » qui frappe alors les armées.

Naissance : Classe 1903, matricule 515 (recrutement de Verdun)

Mort : décédé le 12 septembre 1918 — Mesgrigny (Aube)

Inscrit sur le monument de Jouy-en-Argonne ainsi que sur le monument aux morts d'Osches (Meuse).

Les registres d'état civil d'Osches mentionnent deux naissances possibles : Jean-Baptiste Adolphe Muntrez, né le 16 août 1874, et Adolphe Hubert Muntrez, né le 14 octobre 1893. Les recherches n'ont pas permis d'établir avec certitude lequel des deux vivait à Jouy-en-Argonne.

Inhumé à la nécropole nationale de Fère-Champenoise (Marne).

Naissance : 18 septembre 1892 à Jouy

Mort : tué à l'ennemi le 3 juin 1918 — Pernant (Aisne)

Fils de Marie Jules Prosper Oudet (né en 1862), manouvrier, et d'Antoinette Émilie Humbert (née en 1867), repasseuse. Sa sœur, Marie Clémence, née en 1896, épouse Louis Constantin Champagne à Jouy en 1920 et y décède en 1976.

Matricule 9639 au corps, classe 1912, recrutement de Verdun.

Le 3 juin 1918, pendant l'offensive allemande sur l'Aisne, le 3e BCP défend le plateau de Pernant sous un bombardement d'une violence inouïe ; le bataillon perd ce jour-là près de 700 hommes. Nicolas Ernest Oudet tombe à 25 ans.

Jugement rendu par le tribunal de Verdun le 13 avril 1920, transcrit à Jouy le 20 octobre 1920. Inhumé au cimetière communal de Jouy-en-Argonne.

Naissance : 21 décembre 1892 à Jouy

Mort : tué à l'ennemi le 10 décembre 1914 — Ypres (Belgique)

Fils de Charles Vauquois (né en 1859 à Vraincourt), cultivateur, et d'Augustine Pérignon, mariés le 16 mars 1892 à Jouy. Petit-fils de Claude Léonard Vauquois et de Marie Augustine Humbert, de Vraincourt.

Matricule 6891 au corps, classe 1912, recrutement de Verdun.

Il est tué le 10 décembre 1914 près d'Ypres, en Belgique, où la ville deviendra tristement célèbre pour les attaques au gaz de 1915. Il est le premier des six enfants du village à tomber.

Acte de décès transcrit à Jouy le 23 novembre 1919. Son nom est gravé sur la tombe de ses grands-parents maternels, au cimetière de Jouy.

« À nous le souvenir, à eux l'immortalité »

Archives de la commune

Dossier « En souvenir de… »

Le dossier réalisé pour la commune sur ses six soldats : fiches « Mort pour la France », généalogies, photos des tombes et extraits des journaux de marche. Cliquez sur une page pour l'agrandir.

Télécharger le PDF (12 Mo)

Jouy-en-Argonne en chiffres

Évolution de la population (INSEE et recensements historiques)

0

habitants — population légale 2025

214
1793
160
1901
91
1954
60
1990
55
2006
47
2017
55
2022
61
2023

6,3 km²

Superficie

217–336 m

Altitude

55120

Code postal

55257

Code INSEE

Le recensement suivant (en vigueur au 1er janvier 2026) compte 61 habitants.